Un arbre que les mouflons*
n’auront pas vu partir
Ce 15 février le ciel était bleuâtre mais ce qui gênait n’était pas la pollution atmosphérique pourtant pénible. Ce qui gênait, c’était un hurlement de tronçonneuses, toujours synonyme dans cette ville ruinée d’exaction justifiée urgente et nécessaire… Ni le grondement du périphérique proche ni les braillements des footballeurs sur le stade ne parvenaient à couvrir la plainte lugubre. Et la brume n’était pas suffisamment dense pour masquer quoi que ce soit.
En général quand ça arrive, on cherche toujours à repérer où il y a foule, pour localiser le drame. Mais là, rien. Pas de cris, pas de pancartes. Pas un rat. Les mouflons autoproclamés défenseurs des arbres qui s’affichent ici et là le soir dans des réunions citoyennes inefficaces (en tout cas dans ce coin de planète) devaient être en train de brouter ailleurs. Il ne restait plus qu’à chercher dans le décor des cimes d’arbres qui s’agitent. Le malheureux était là à deux cents mètres à vol d’oiseau, en train de se faire assassiner dans l’indifférence absolue. Les mouflons avaient pris la fuite. Le reste en photos se passe de commentaires.

Un arbre se débattait, mais on ne le voyait pas, car deux de ses frères, plus grands mais impuissants, dissimulaient bien malgré eux les bourreaux et leur équipement macabre ultra perfectionné.

Derrière le sapin une nacelle, des casques. Une branche se tend vers le grand arbre à gauche, le frère de même espèce, qui ne peut rien faire. Que faire contre les lieutenants du diable ? Après tout il font leur boulot, on a choisi, on a ce qu’on mérite. Ceux qui viendront après ou leurs remplaçants se débrouilleront avec ce qui restera, dans un champ d’immeubles taudis à deux sous. Le diable mène la politique de la terre brûlée. Logique.

On voit qu’ils s’acharnent sur une grosse branche. Après ils attaqueront le tronc. Quel courage. Car l’arbre est dangereux, il risque de se défendre, comme dans le film « le seigneur des anneaux », où les méchants se font sévèrement corriger. (du coup n’hésitez pas vous non plus à regarder à nouveau cette séquence qui fait tellement de bien)

Lendemain de carnage. Qui remarquera la disparition d’un arbre ? Un arbre ici, un arbre là. D’abord les plus beaux, par surprise. Ensuite les plus vieux, par précaution. Il y a ici 375 arbres menacés. Ils sont protégés par qui ? Pas par ceux qui prétendent les défendre en tout cas. Mais, et les jeunes ? Si les jeunes comprenaient ce que les vieux font ! Mais les jeunes se prennent en selfie !
- mouflons : ovins sauvages (ils bêlent au loin et claquent des cornes mais s’enfuient à l’approche de la marmotte) cornus ruminants dont dérive le mouton domestique. Ne pas confondre avec bouffon (Humain civilisé comique et courageux)




